Le Trail du Tour du Canton : Un 2ème Ultra pour la LiCoRnE

Le Trail du Tour du Canton est une course organisée dans ma Normandie début Décembre. Cette année c’est la 10ème édition. Plusieurs distances sont proposées : 24, 44 et 82 kilomètres (en solo ou en Run&Bike). C’est sur le 82km solo que je me suis lancée en ce samedi 9 Décembre. Terminer l’année 2017 par un ultra est un joli rêve et un objectif de taille.

Ce trail est d’ailleurs organisé pour le Téléthon, tous les fonds récoltés lui sont entièrement reversés. Une raison de plus pour y participer ! La LiCoRnE vous encourage à faire du run solidaire.

Je connais la distance après avoir été finisher du Raid de l’Ultra Marin (87km), je vais cependant découvrir le dénivelé (1650mD+) et l’ultra par temps froid… Allez, je vous emmène avec moi sur cette balade trépidante !

L’équipement de la LiCoRnE

Après le Marathon de la Rochelle il y a 15 jours, mes pieds ressemblaient à une maquette du système solaire (ndlr Julien de C’est bien d’être bien), Accessoires Running m’a gentiment proposé de tester le Cellidol Protect+ pour aider à la cicatrisation et pour l’effet anti-frottement. À cela, j’ai changé de chaussettes pour utiliser les X Socks Run Energizer et j’ai opté pour les Inov-8 X-Talon dont le chaussant est bien ajusté. Je croise les doigts en appliquant régulièrement le Cellidol avant la course pour qu’il soit magique et que mes pieds ne m’empêchent pas d’avancer…

Le Trail du Tour du Canton

Here we go !

Levée à 3h45, départ donné à 6h00. Il faut savoir être matinal pour participer à cet ultra.
Se rendre dans la salle pour le contrôle des sacs et donc du matériel obligatoire, retirer le dossard, et terminer de se préparer. C’est le moment d’emmagasiner de la chaleur, car dehors il fait très froid ! Il a neigé cette nuit, il a plu toute la semaine, on entend des commentaires autour de nous annonçant un trail très boueux et glissant. J’ai hâte d’y être !

trail tour du canton normandie 2017 accessoires running

Fab est là avec moi, il se prépare également. Sa blessure ne lui permet malheureusement pas de faire les 82 km mais il m’a proposé de m’accompagner sur les 10 premiers puis il quittera les chemins de forêt pour rejoindre sa voiture et me suivre durant mon run.
Je sais avant même de partir que les barrières horaires seront serrées par rapport à ce que je sais faire, il me faudra gérer cela au mieux. Mes prévisions me donnent environ 50mn d’avance tout le long de ma course, ce qui est gérable normalement… Je pars donc pour environ 13h10 de run en forêt, dans la boue et un peu de neige. C’est ce que je suis venue chercher ici, et je suis impatiente de démarrer !

Le départ sera finalement donné à 6h15 à cause de l’état des routes. Un départ magnifique avec des fumigènes et de la musique pour nous lancer sur ce superbe arc en ciel qui nous attend. Je suis heureuse d’être là avec les 325 autres coureurs et avec Fab. C’est toujours un plaisir de prendre le départ d’une telle course. Ce sont des instants et des images qui restent en mémoire : une ambiance, une odeur, un visage, la température ressentie… qui d’ailleurs n’est pas si froide et ça c’est bien cool !

trail tour du canton normandie 2017 accessoires running

Après quelques foulées sur le bitume glissant, nous voila arrivés dans les champs puis la forêt. Les chemins sont gras mais assez praticables pour l’instant. C’est appréciable pour commencer sans trop s’épuiser. Nous courons tranquillement, prenons notre temps, ne forçons pas dans les côtes, et testons l’accroche de nos chaussures dans les descentes. Je suis d’ailleurs rapidement contente de mon choix de sabots, ils sont hyper confortables et ont une super accroche.

Trois kilomètres plus tard, j’ai finalement un peu chaud, je m’inquiète de savoir si je ne me suis pas trop couverte.
Fab est là, il me rassure sur mes premiers kilomètres, il me motive en me disant que j’ai l’air bien, foulée économique, à l’aise dans les descentes et prudente dans les grimpettes. Mais 10 km ça passe vite et finalement il doit déjà me quitter. Je suis motivée à bloc, je le vois dans 8 kilomètres au prochain ravitaillement !

Seule avec ma frontale,  j’attaque les chemins de forêts boueux et les passages sur routes glissantes. Il y a peu de coureurs autour de moi. Mais j’aime ces moments de run solitaire, on se retrouve avec soit même, c’est un moment privilégié pour faire le point, pour se retrouver et pour rêver…

trail tour du canton normandie 2017 accessoires running

Me voilà au pied de la première belle montée, j’ai vraiment de bonnes sensations, je ne ressens pas de difficulté particulière. Puis j’attaque une super descente jusqu’à Bolbec, la ville où m’attend le premier ravitaillement au 18ème km. C’est à ce moment là que le jour se lève et que je peux éteindre ma frontale.

Je me retrouve à courir avec un traileur qui a déjà fait cet Ultra l’an dernier et il me raconte sa balade. Très bizarrement, plus nous descendons plus il fait froid, les voitures en ville sont complètement givrées, le froid me brûle la gorge, nous croisons des passants matinaux emmitouflés dans leurs blousons sortant des boulangeries. J’arrive au ravito à 8h00 comme prévu et Fab est bien là.

Je prends le temps de boire une soupe chaude car je sens que le froid me gagne, un petit morceau de saucisson et hop c’est reparti…

Direction la base vie

Je jette un coup d’œil à ma feuille de route. Prochaine destination, la base vie, dans 20km, 600m D+ et 3h de course prévue. Les chemins deviennent très boueux, il y a même des coins encore enneigés.

Je ferais quelques kilomètres avec Yannick et sa femme, nous parlons de notre projet de participer au Grand raid de l’Ultra marin (177km) en juin alors que nous sommes loin d’avoir terminé celui pour lequel nous nous sommes levés ce matin ! Puis chacun repars à son rythme. Je me rends compte que le mien baisse d’un coup. Soudain j’ai mal au ventre… Après un arrêt dans la forêt… Cela va mieux mais le froid complique ma digestion.

26ème km, j’attaque la première grosse descente du parcours, les jambes ne souffrent pas mais j’ai de nouveau mal au ventre et un point de côté s’installe. Je décide de prendre mon temps,et de manger mais mon corps le refuse et le rejette quasi instantanément. Ce n’est pas grave, je sais que je peux avoir un coup de mou et que ça va repartir. Alors j’avance.

Arrivée en bas, je découvre Fab avec son appareil photo qui m’encourage. Ça fait un bien fou au moral. On échange 30 secondes et je repars toujours dans cette boue collante.

trail tour du canton normandie 2017 accessoires running

C’est dans cette partie, après seulement 2h45 de course que tout se complique. Le froid me gagne de plus en plus. Mon nez est gelé, je le cache dans mon cache-cou, mes yeux me brûlent, et mes mains s’engourdissent… En grimpant à travers champs et forêt, je pense à boire, j’essaie encore de manger mais cette fois aussi je vomis. Mon rythme descend encore brutalement, il m’est devenu compliqué de courir longtemps. J’ai la tête qui tourne et mes mains sont si froides… Je ne cesse de me poser la question : « comment peut-on avoir aussi froid en courant ? »

Km 31, une nouvelle descente, assez raide et toujours boueuse me mène à Fab. En m’arrêtant près de lui je vacille, ma vue se trouble, il s’inquiète pour moi. Mon état n’est pas top du tout. J’ai envie de lui demander de me mettre au chaud bien assise dans sa voiture et de me ramener chez moi… Il me propose de traverser le parc, il m’y retrouve après, dans seulement 1 km…

Après le parc, c’est toujours autant la galère. Je croise Jean-Michel Leleu, l’organisateur du Radicatrail (trail auquel j’ai participé cette année et auquel je  retourne avec grand plaisir en 2018) qui m’avait prévenu de sa présence à cet endroit en tant que bénévole. Je le salue rapidement. Un petit instant de gentillesse qui fait beaucoup de bien. Fab m’avouera après la course qu’il m’a observé grimper la nouvelle côte qui m’emmènera à nouveau dans la foret, il n’était pas rassuré du tout par mon état…

Je me fixe en tête de rejoindre la base vie, c’est elle que je veux rejoindre ! Elle est quasi à mi-parcours. Arrivée la-bas nous ferons le point, alors il faut que je l’atteigne, même si je continue de rêver de la chaleur et du confort de la voiture de Fab ! Elle n’est qu’à 6 km…  je vais l’atteindre…  je le dois… j’en ai envie. Je suis certaine à ce moment là que je pourrais y prendre le temps de me changer, de manger, et de repartir. J’ai souvent entendu ou vu des traileurs qui étaient dans le mal, mais quand on en a le courage et l’envie, le corps repart. Rien n’est jamais perdu et j’ai du courage alors je vais y arriver !

Je branche mon mp3 et je prends le temps de lire quelques messages d’encouragement reçus sur Facebook. Ça me rebooste 🙂

Mais comment peut-on avoir si froid ? Mes mains me font souffrir le martyre, certains doigts ne veulent plus bouger. J’essaie de les tapoter, de les gesticuler, de les couvrir un peu plus mais j’ai mal. Et puis, il y a cette nouvelle barre que je mange et qui ne passe pas non plus. Alors je bois, il n’y a que l’eau qui reste dans mon estomac. Et encore des problèmes gastriques qui m’obligent à m’arrêter. Je suis exténuée, rongée par la douleur et le manque de nutrition. Mais j’y crois encore, cette base vie va me sauver, je réussirais à m’y requinquer.

trail tour du canton normandie 2017 accessoires running

Je rencontre de nouveau Fab au km 37 qui me dit que la base vie se trouve juste derrière la superbe Abbaye de Gruchet la Valasse. Je prends le petit chemin boisé qui la longe, cet endroit est magnifique ! J’alterne course et marche toujours dans une boue collante.

Derrière l’abbaye, Fab est là, ça veut dire que j’ai atteint mon but ! Je suis à la base vie ! Je suis heureuse, j’en ai même des petites larmes de joies qui coulent sur mes joues. Je vais enfin pouvoir reprendre un peu de chaleur et faire le point pour la suite.

Le moment de choisir

Je rentre dans cette chaleureuse salle, le ravito me fait rêver, je mange doucement un morceau de fromage pour être sure qu’il passe bien. Fab a mes vêtements de rechange, il me demande ce que je veux faire… Un bénévole vient me voir en me demandant si je veux voir le médecin ? Mais pourquoi ? J’ai vraiment l’air si mal ? A ce moment là, j’ai encore l’espoir de repartir.

Les coureurs balais arrivent également dans la salle… Quoi déjà ?? Ils me disent que je dois repartir dans 10 minutes pour être dans la première barrière horaire. C’est à ce moment là que le doute s’installe vraiment. Je ne vais pas avoir le temps de prendre le temps…

J’enlève mes gants car mes mains me font atrocement souffrir, le bénévole les regarde et appel le médecin. Mes doigts ont doublé de volume et sont violacés, je fais de l’onglée ! Rien que le massage pour faire revenir le sang au bout des doigts est douloureux… Je réalise alors que je ne pourrais pas prendre mes bâtons pour m’aider sur la deuxième partie.

Soudain, ma tête se déconnecte de la course pour écouter mon corps… J’ai mal aux mains, j’ai des irritations qui me font souffrir également, je n’ai quasi rien mangé en 6 heures de run, je ne cesse de bailler, je suis faible, je suis exténuée. En relevant la tête, mes yeux croisent ceux de Fab, j’y vois de l’inquiétude. Il le sait, je dois m’arrêter ici mais il ne me le dira pas car je ne veux pas l’entendre. C’est moi seule qui doit prendre cette décision. Je n’arrive pas à retenir les larmes qui montent dans mes yeux, des larmes d’épuisement et de souffrance. Des larmes qui me mettent devant l’évidence : je dois être raisonnable et abandonner. Je dois préserver mon corps, j’ai pleins d’autres projets à venir. J’ai loupé cette étape certes, je ne suis pas allée au bout des 82km mais j’ai atteint la base vie. Et vue les conditions, même si je n’ai parcourus que 38km et couru que 6h, c’est un haut fait.

Je demande alors à Fab de récupérer ma puce qui est dans mon sac et de la rendre aux bénévoles. J’arrête ici. J’ai atteint mes limites. C’est la fin de cette balade. Ma décision est prise…
Tout le monde me soutien et me dit que c’est une sage décision. Les bénévoles de cette course sont vraiment super touchants et gentils.

Je n’ai rien perdu, j’ai tout appris

Dans mon grand défi de parcourir cet ultra, j’ai réussi mon petit défi d’atteindre la base vie. Et, en seulement 38km, j’ai beaucoup appris sur le run long et sur moi-même.

Certes je ne suis pas finisher, et alors ? Forcément je trouve cela injuste, forcément je suis déçue de moi-même car je sais que mon corps pouvait le faire, mais je n’y suis pas parvenue. C’est de ma faute, je ne lui en ai pas donné les moyens.

Cependant ce même corps a réussi à aller au-delà de lui même pendant plus de 3 heures de désolation. Il a su m’envoyer les signaux qu’il fallait pour me convaincre de tout stopper au bon moment.

Certes je ne suis pas finisher, et alors ? J’ai quand même rêvé pendant 6h sur le Trail du Tour du Canton qui a une organisation super cadrée et des bénévoles hyper chaleureux et souriants. Et surtout, j’ai la chance d’avoir partagé tout cela avec Fab.

Certes je ne suis pas finisher, et alors ? La LiCoRnE en reviendra plus motivée et plus forte après avoir pris le temps de se reposer de ses nombreuses balades de 2017 et de se refaire une jolie prépa pour ses aventures de 2018.

L’abandon n’est pas un échec, ne pas repartir en serait un !

Compte-rendu par Aurélie Berthe alias Lilie Corne Rose
Photos
Trail 76

Rédacteur d'un jour

Ils aiment courir, ils partagent leurs aventures et leurs conseils, ils sont rédacteurs d'un jour pour Accessoires Running.

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